Pierre Bonnerot, 21 octobre 2010

 

Comment apprivoiser votre 1er Disa en douceur ?

ou petit guide de cohabitation avec une belle sud africaine...


 

 

La première fois que j'ai vu une photo de Disa j'ai trouvé cette fleur fascinante. Quelques semaines après j'ai vu mon premier Disa en fleur chez une amie et un mois plus tard j'ai acheté mon premier Disa (un hybride) lors d'une exposition à Lausanne (Suisse). 

Une fois rentré chez moi j'ai tenté de trouver des informations sur sa culture mais sans résultats particulièrement concrets. Les rares choses que j'ai trouvées parlaient de plantes incultivables ou d'exigences impossibles… 

bref, rien de bien encourageant. J'ai déniché quelques pistes ici ou là et au bout du compte j'ai fini par me faire une idée générale du fonctionnement de ces plantes et j'en ai conclu que globalement la culture des Disa ressemblait à celle des plantes carnivores (ça tombe bien j'en cultive aussi).

Disa Unifoam 'Fire Bird'

Avant de rentrer dans les détails je vous livre le fruit de mes recherches, le cheminement général de mon raisonnement et pourquoi j'en suis arrivé à cette conclusion...

 

Un peu d'histoire...      


Un Disa hybride en pleine forme

Le genre Disa a été crée en 1767 par le botaniste Suédois P.J. BERGIUS qui se servit de Disa uniflora pour en faire la description. Ce genre est actuellement l'un des plus anciens encore en fonction.

Les Disa furent cultivés avec succès pendant des décennies et à la fin du XIXème siècle on comptait déjà une dizaine d'hybrides. Ils disparurent des cultures dans les années vingt mais réapparurent dans les années cinquante, d'abord timidement puis de faconn excplosive dans les années quatre-vingt sous la poussée des cultivateurs Sud-africains. 

Depuis le nombre d'hybrides est monté à plus de 200. Tous ces hybrides sont issus de Disa uniflora et des espèces de la même section ayant des exigences de culture proches. Parmis les Disa seuls quelques-uns sont bien connus et plus particulièrement Disa uniflora qui est la star incontestée du genre de par sa couleur rouge flamboyante. Il existe environ 160 espèces dont seulement une dizaine cultivés et hybridés couramment.

 

Description rapide du genre...   


 

L'ensemble des Disa possède une inflorescence en épi (rarement en corymbe), les  fleurs très reconnaissables sont généralement révolutées avec un  label petit et simple et surtout un sépale dorsal important en forme de casque portant un éperon plus ou moins net selon les sections. Elles culminent au sommet d'une longue hampe rigide s'elevant sur des feuilles vertes unies et fines.

 

Parmis les especes cultivées on peut citer : 

  • Disa uniflora fleurit généralement en été. Elle porte de 1 à 3 fleurs d’une dizaine de centimètres d’envergure dont la couleur peut varier. La couleur la plus courante est le rouge mais elle peut être orange, rose ou, très rarement, jaune.

  • Disa tripetaloides est une espèce de petite taille dont les nombreuses fleurs (10 à 20) sont généralement blanches maculées de rose à blanches puis virent au rose en vieillissant. Les fleurs font de 2 à 3 cm. 

  • Disa aurata a été considéré pendant longtemps comme une sous-espèce de Disa tripetaloides mais de couleur jaune d’or.  

  • Disa cardinalis est un peu plus florifère que les deux espèces précédentes (jusqu'à 25 fleurs) de 5 à 6 cm rouge vif.  

  • Disa racemosa est généralement rose mais une variété blanche d’une grande rareté a été découverte en 1984. Dans la nature les feux de prairie stimulent l’apparition d’une dizaine de fleurs mesurant environ 5cm.  

  • Disa caulescens présente un aspect proche de D. tripetaloides mais s’en distingue par ses sépales particulièrement grands et striés de pourpre.  

  • Disa venosa est proche de D. racemosa mais avec des sépales plus étroits. Certaines variétés ont un coloris rose magenta très intense.

 

Ces quelques espèces sont celles utilisées la plupart de temps pour l’hybridation et ont en commun un mode de culture suffisamment similaire pour ne pas présenter de difficultés insurmontables. Je souhaite signaler une chose que je n’ai lue nulle part: certains d’entre eux sont agréablement parfumés ce qui n'enlève rien à leur charme !

Les Disa : comment ca marche ?   


Pour bien comprendre les règles de culture à appliquer à ces orchidées il me semble important de bien connaître leur mode de vie dans la nature afin de leur apporter les conditions minimum indispensables à leur bien être. Bien entendu je ne peux que vous faire part de mes déductions et expériences personnelles.  

Voici quelques questions que je me suis posées et les réponses que j’ai réussi à leur apporter.

Qui sont les Disa et où vivent ils ?

Il existe environ 160 espèces de Disa dont environ 130 sont présentes en Afrique du sud. Les autres sont réparties entre l'Afrique tropicale, Madagascar et l'île de la Réunion. Il existe aussi une espèce dans la Péninsule Arabique. 

En Afrique du sud on compte environ 400 espèces d'orchidées réparties dans une cinquantaine de genres. Un tiers de ces espèces sont des Disa et la plus grande partie d'entre eux vivent dans la zone méditerranéenne d'Afrique du sud. Cette zone est centrée sur la Région Floristique du Cap, une région formant un triangle à la pointe sud-ouest de l'Afrique, entre Port Elizabeth, la baie de St Martin et le cap de Bonne Espérance. Cette zone de 90 000km² regroupe plus de 8500 espèces végétales dont presque 70% sont endémiques : c'est  exceptionnel pour une zone continentale...

 

Disa aurata

  Des conditions de culture bien particulières...

Les Disa qui nous intéressent poussent presque tous sur la montagne de la table. Cette montagne surplombe la ville de Cap Town et baigne dans un climat bien particulier où le brouillard est plus courrant que les précipitations. 

C'est là, aux environs des 1000m d'altitude que l'on trouve D. uniflora poussant en plein soleil, sur bord des ruisseaux. Ses racines poussent dans du sable, du gravier et de la tourbe accompagnée par du Sphagnum et des Drosera. Dans ce type d'habitat on trouve aussi D. tripetaloides ou D. aurata alors que D. venosa se trouve confiné aux marécages. Sur les flancs de la montagne Langeberg on trouve D. cardinalis. Tous ont en commun de vivre en milieu très humide. Pendant la saison chaude les températures peuvent monter au dessus des 25°C et en période froide elles peuvent descendre aux alentours des 0°C avec de rares gelées.

 

Quelles conclusions tirer de ces informations ?

Plusieurs évidences se sont imposées :

  1. Ce sont des orchidées terrestres

  2. Ils vivent les pieds dans l'eau

  3. Il leur faut beaucoup de soleil

D'autres points importants sont apparus après avoir réfléchi aux implications de certains détails: Tout d'abord l'eau des ruisseaux où l'on trouve D. uniflora doit être extrêmement pure pour que poussent des Drosera et du sphagnum. D'autre part  ils supportent bien le froid mais pas les gelées. Pour finir  le sol où ils poussent est plutôt acide (tourbe et sable neutre).

En résumé il faut donc les cultiver dans un mélange à base de tourbe et de sable avec le pot trempant dans de l'eau pure et en plein soleil toute l'année… comme beaucoup de plantes carnivores. Seule différence notable, ils craignent le gel. Il faut donc les mettre à l'abri lorsque les températures descendent en dessous de 1°C.

 Comment se passe une vie de Disa ?


Commençons avec un Disa uniflora adulte. C’est le printemps, la rosette est bien formée, les feuilles poussent vigoureusement et, déjà, commence à sortir la tige qui portera les fleurs. En été, la tige atteint 30 à 40cm de haut et porte 2 ou 3 boutons. 

Le moment tant attendu de l’ouverture de la première fleur arrive enfin. Une fois polinisée la fleur se ferme lentement et fane. 4 à 5 semaines suffisent pour que la capsule s’ouvre : C’est la maturation la plus rapide chez les orchidées. Les graines sont libérées et, chose unique chez les orchidées, peuvent germer sans avoir recours à un champignon.

L’automne arrive et la tige sèche puis le reste de la plante meurt.

Heureusement au cours de la saison de croissance la  plante a réussi à produire des stolons et donc des clones d’elle-même mais aussi tout comme les orchidées d’Europe un bulbe souterrain permettant à la plante mère de réapparaître en même temps qu’elle meurt car chez D. uniflora il n’y a pas de pause: L’hiver permet à ces rosettes de grandir et de réamorcer le cycle incessant...

 

Voici 2 jeunes plants de Disa photographiés à l'automne :  les pousses de l'année sont en train de disparaitre et on voit déja pointer les nouvelles pousses à la base: ce sont elles qui porteront les fleurs l'année prochaine.

Ma méthode de culture... 


Disa Kewdor

Après quelques années de culture j’ai petit à petit modifié certains points comme le substrat. J’ai utilisé le substrat de mes plantes carnivores dès mon deuxième Disa, en voici la recette :

1/3 tourbe blonde tamisée, 1/3 perlite, 1/3 sable non calcaire (type sable de Loire pour aquarium, bien rincé).

Les arrosages sont simples: les pots sont en permanence dans des soucoupes remplies d’eau de pluie ou d’eau osmosée. Quand je n’en ai plus je met de l’eau déminéralisée mais juste le temps de me réapprovisionner

Je ne mets jamais d’engrais…  

 

Je fais mes rempotages tous les ans ou tous les deux ans dans des pots de 12 ou 15cm de diamètre pas très haut et à bords droits. J’opère fin octobre début novembre quand les anciennes pousses sont fanées. 

 

Attention aux racines qui sont extrêmement cassantes !!! J’ai souvent lu qu’il fallait mettre de la sphaigne dans le substrat mais son gros défaut apparaît au moment de le retirer. Mon substrat n’en contenant pas le nettoyage se fait tout seul et sans casse.

 

 

 

Le moment du rempotage est venu : en retirant le pot on aperçoit le rhizome souterrain contenant les réserves accumulées pendant l'été: c'est lui qui permettra aux nouvelles pousses de se développer une fois que les pousses de cette année auront disparu...

Comme je l'ai dit les Disa aiment la lumière et même le soleil donc autant éviter de les contrarier. Tout emplacement au sud, à l'est ou à l'ouest est bon à condition que le soleil donne directement sur les plantes. En guise de test cette année j'ai laissé mes plantes dehors en plein soleil le long d'un mur en béton orienté sud-est pendant tout l'été. Il y a eu de belles floraisons mais la conséquence de ce traitement a été leur consommation effarante d'eau. 

On peux donc les mettre à peu près partout où il y a trop de soleil pour les épiphytes. Le fait que j'habite en Auvergne et que les nuits soient relativement fraîches en été est peut-être une raison de ma réussite de la culture des Disa, quoi qu'il en soit rien n'est moins sur (note de l'administratrice : en effet bien que vivant moi aussi en Auvergne je dois bien avouer que ca ne semble pas être la seule condition requise pour ne pas faire clamser un Disa...).

Mes plantes passent toute la belle saison dehors dès que les risques de gels sont passés, en période gélive je les rentre avec mes autres orchidées à température ambiante (en appartement) dans un emplacement bien exposé : rien de bien compliqué donc...

La multiplication et la reproduction des Disa   


 

 

Nous l'avons vu, la méthode la plus simple pour reproduire les Disa est la multiplication végétative: Il suffit donc de récupérer les rejets pour obtenir des clones identiques de la plante mère. Mais nous pouvons également profiter de la capacité exceptionnelle des graines de Disa à germer sans champignon symbiotique. Il suffit donc de semer les graines et si tout va bien deux ou trois ans plus tard on voit apparaître les premières fleurs. Notons cependant que dans ce cas on obtiendra pas des clones identiques à la plante mère mais des individus génétiquement différents, ce qui rajoute encore un peu de piquant à l'expérience...
Voici comment j'ai fait :

J'ai préalablement stérilisé la quantité nécessaire de substrat dans un autocuiseur (cuisson vapeur sous pression pendant environ 30 minutes) pour éliminer tout risque de contamination et javélisé le pot et le couvercle transparent dans une solution de javel à 10% pour la même raison (du film transparent convient si on n'a pas de couvercle transparent). 

Une fois refroidi et en place le substrat reçoit les graines que je vaporise chichement d'eau osmosée. Je referme le pot et je le laisse à 20/25°C le temps que la germination se fasse (souvent plusieurs semaines avant que ce soit visible). 

 

 

L'acclimatation des plantules se fait ensuite très doucement en ouvrant petit à petit le couvercle. Le premier hiver se passe en intérieur sans descendre sous les 15°C. Les premiers repiquages peuvent se faire dès que les plantes ont une feuille d'1cm en pots communautaires. Dès cet instant (printemps ou été) les jeunes plantes vivent dans les mêmes conditions que les adultes après acclimatation. Le repiquage suivant se fait en pot individuel et on a plus qu'à attendre les fleurs...

Pour conclure...   


Voila démystifié le monstre impossible à cultiver, extrêmement exigent, que seuls quelques rare illuminés chanceux et suréquipés peuvent se permettre de maintenir en vie. Il se révèle en fait bien inoffensif et bien moins capricieux qu'on pourrait le croire une fois qu'on a compris comment il fonctionne.

Et pourtant j'ai lu les choses les plus étonnantes sur sa culture, en voici quelques extraits : pour avoir une eau très froide, un amateur à transformé un congélateur coffre en refroidisseur d'eau avec pompe de remontée sur une table de culture et retour par trop plein (ingénieux !). Un autre utilisait des glaçons d'eau de pluie qu'il posait dans les soucoupes… etc.

Je pense qu'en fait les amateurs habitués aux épiphytes sont totalement déroutés par ces orchidées atypiques qui fonctionnent à l'envers de bien d'autres orchidées dont nous avons l'habitude. L'accumulation d'erreurs de culture entraîne irrémédiablement l'amateur vers des conclusions erronées et les plantes finissent alors par péricliter. Etonnament les débutants n'ayant aucune connaissance de la culture des orchidées epiphytes auront souvent une très grande réussite avec les Disa pourtant réputées comme incultivables: il suffit de suivre la recette simple donnée plus haut pour que ces plantes deviennent très facilement apprivoisables...

A mon sens nous avons la fâcheuse habitude de nous compliquer la vie. En ce qui me concerne j'essaye de faire rimer la culture des Disa avec simplicité et j'espère que ces quelques lignes vous auront donné envie de vous lancer sans complexe dans la culture de ces merveilles de la nature.

 

Pierre Bonnerot, le 21 octobre 2010   

 

 

 

 

 

 

 

 

    

 


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