Rencontre au sommet avec Paphiopedilum concolor  


Posté par Mykerina le 28 Fevrier 2008

Il y a quelques mois, j'ai eu l'occasion d'aller observer Paphiopedilum concolor dans son milieu naturel en compagnie de quelques amis thais paphiophiles. Nous n'étions malheureusement pas en période de floraison mais cela a constitué une occasion unique de mieux appréhender l'habitat de ce paphiopedilum. Je précise que ce compte-rendu n'est que le récit de mon excursion à destination des amateurs et ne se veut en aucun cas un descriptif scientifique de l'habitat de cette espèce.

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Photos de Paphiopedilum Concolor en culture

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L'habitat naturel de Paphiopedilum concolor est l'un des plus étendus du genre Paphiopedilum, allant du sud de la Thaïlande au sud de la Chine en passant par le Cambodge ou le Vietnam. 

Pour ma part j’ai pu l’observer  dans l’ouest de la Thailande, dans la province de Kanchanaburi (zone entourée en rouge sur la carte à gauche), où il est malheureusement en voie de disparition ayant été sur-collecté pendant des années. De fait il devient très difficile de trouver cette espèce et donc de l’observer en milieu naturel. Il  faut prendre la voiture, puis la moto sur des chemins de terre, et enfin marcher plusieurs heures, en terrain difficile pour observer paphio concolor dans cette région.

L'habitat : paphiopedilum concolor se retrouve dans une région de montagnes calcaires (limestone mountains) dans la région de Kanchanaburi, à relativement basse altitude (entre 150 et 600m environ). Dans toute la région , comme dans le reste de la Thailande, le développement des zones de culture a conduit à une déforestation importante et à la destruction de l'habitat naturel de nombreuses espèces animales et végétales. L'habitat de paphiopedilum concolor dans cette région est constitué de falaises calcaires très abruptes couvertes d'une forêt plus ou moins dense selon les endroits. De part la nature du terrain ce sont des zones difficiles d'accès. La pierre qui constitue ces falaises porte en thai le nom de "dent de cheval" en raison du fait qu'elle présente des arêtes très acérées et coupantes, rendant par ailleurs l'escalade des parois particulièrement difficile...

 

 

La forêt qui recouvre ces falaises est formée essentiellement de bambous épineux entrelacés et de petits arbustes à feuilles persistantes. Un tapis de feuilles sèches recouvre le sol par endroits, formant en se décomposant un humus de surface de quelques cm.

Observation des plantes : tout d'abord il est important de souligner le très faible nombre de plantes rencontrées en plusieurs heures de marche et de recherche. Mon guide, en plus des amis thais, était un paysan local qui fréquente assidument ce terrain pour y récolter notamment plusieurs espèces de champignons fort appréciées des thais. Il connaît chaque recoin des forêts denses de bambou et trouve son chemin sans peine malgré l'absence de chemin visible.

 La progression dans la forêt de bambous est particulièrement pénible, ceux-ci étant pourvus d'épines qui nous blessent au passage. Mes bras en conserveront les traces pendant plusieurs semaines! Après quelques heures de progression dans cette forêt il faut escalader les falaises de limestone qui se dressent à pic au milieu de la forêt.

 L'ascension devient vite périlleuse et mes amis thais finissent d'ailleurs par renoncer au pied d'une falaise à voir le 1er site, me laissant poursuivre seule avec le guide. Nous nous frayons un chemin vers le sommet, en franchissant par endroits des passages très étroits où il faut ramper sur des surplombs larges de 40-50 cm au plus… 

A l'arrivée, nous pouvons observer après un peu de recherche quelques jeunes plantes de paphio concolor fixées à l'apic de la falaise, un peu au delà de notre point d'observation. Les plantes sont installées dans un creux dans la roche dans lequel semble s'être accumulé un peu d'humus.

Quelques plantes semblent fixées directement sur la roche, comme cette jeune plante dont l'absence de pigmentation laisse à penser qu'il s'agit d'une alba

A peu de distance, nous trouvons également une petite colonie de plantes de faible envergure, installées dans un entrelac de morceaux de bois en décomposition, dans une poche dans la roche

Les plantes sont exposées à l'est et bénéficient donc d'un ensoleillement matinal. Cette zone est particulièrement aride pendant la saison sèche et seule une brume matinale apporte un peu d'humidité au lever du jour. Il peut ne pas y avoir de pluie pendant plusieurs semaines et pour les plantes dont les racines sont fixées directement sur la roche, avec très peu d'humus au pied, cela signifie une longue période de sécheresse.. Les températures dans cette zone peuvent être très fraîches la nuit, descendant pendant une dizaine de jour en janvier-février à 5-8° avant de remonter autour de 15-20° pendant le reste de l'hiver. Les journées sont belles et ensoleillées, avec des températures très agréables l'hiver, entre 22 et 30° en journée.

Nous redescendons ensuite, retrouvons mes amis (auxquels je tais la découverte du concolor alba, afin d'être certaine que l'idée ne leur viendra pas de demander au guide d'aller le leur chercher), et continuons notre marche dans la foret de bambou pour nous rendre sur 1 autre site où nous trouvons plusieurs plantes de taille plus importante, ayant sans doute échappé à la collecte en raison de leur difficulté d'accès et de leur éloignement de zones habitées et cultivées. 
Même si les Paphiopedilum concolor ont des feuilles relativement coriaces leur permettant d'endurer des périodes de sécheresse il est possible de penser que les plantes fixées directement sur la roche ont un développement sans doute limité par la pénurie d'eau en période sèche. Quelques plantes rencontrées dans ce secteur sont fixées perpendiculairement sur les falaises à pic, avec peu d'humus présent au pied et reçoivent uniquement des eaux de ruissellement. L'exposition est en général à l'est, mais quelques plantes sont installées sur des versants de falaise orientés à l'ouest et bénéficient d'un ensoleillement en fin de journée.

La photo ci-dessus permet de bien voir la façon dont les racines de la plante sont installées 

dans la poche d'humus, sur une faible profondeur.

Un tapis de feuilles de bambou sèches en surface et en décomposition en profondeur recouvre les racines de certaines plantes. Les plantes installées de cette façon semblent connaître un développement plus important. A cet endroit, les plantes sont installées plus à couvert, entourées d'arbustes et de bambous épineux. Elles sont également installées dans des poches d'humus plus profondes que sur le 1er site. La plante la plus importante rencontrée comporte 8 pousses adultes et pousse dans un creux de la roche sur un tapis de feuilles de bambou en décomposition, ce qui semble présenter un terrain plus favorable. 

Le plus gros specimen rencontré : une dizaine de pousses, 

les plus grandes feuilles mesurent environ 20 cm de long pour 3 à 4 cm de large. 

Sur le chemin du retour nous observons quelques exemplaires de Seidenfadenia mitrata poussant en situation ombragée (étonnant pour cette vandacée?) sur différents arbres. Nous ne sommes malheureusement pas en période de floraison pour cette espèce non plus, ce qui me prive de l'occasion de humer son exceptionnel parfum d'agrumes ! 

A suivre dans un prochain article : une synthèse des pratiques de culture des brachypetalums en Thailande, fruit de discussion étalées sur plusieurs années avec mes amis cultivateurs thais…

 


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